Alors que la sécurité civile vient d’annoncer qu’au moins 13 baigneurs ont perdu la vie par noyade ce week-end, la Fédération des Professionnels de la Piscine et du Spa (FPP) et la Fédération Française de Natation (FFN) demandent un sursaut collectif pour favoriser l’apprentissage de la nage en France. Nager ne relève pas du loisir, mais de la sécurité vitale.
Gilles Sezionale, Président de la Fédération Française de Natation alerte : « En France en 2026, on peut grandir sans jamais apprendre à nager et en mourir. Chaque été, ces drames reviennent, suscitant une émotion légitime, mais trop fugace. Car derrière ces tragédies individuelles, c’est une défaillance collective qui se dessine : en France, l’apprentissage de la natation n’est toujours pas considéré comme une priorité nationale. »
Stéphane Figueroa, Président de la Fédération des Professionnels de la Piscine et du Spa souligne : « Les chiffres sont sans appel : un Français sur six ne sait pas nager[1]. Et loin de s’améliorer, la situation risque de se dégrader. La moitié des piscines publiques sont aujourd’hui vétustes, parfois fermées temporairement ou durablement, et l’accès aux équipements devient de plus en plus difficile, notamment dans les territoires ruraux ou les quartiers populaires. Le résultat est simple : des générations entières grandissent sans maîtriser une compétence essentielle. »
Une question de santé publique… et de sécurité
Avec le changement climatique, les épisodes de canicule se multiplient et s’intensifient. Face à des températures de plus en plus élevées, le besoin de se rafraîchir devient impérieux. Rivières, lacs, plans d’eau non surveillés attirent un public toujours plus nombreux, souvent peu ou mal préparé aux dangers qu’ils représentent.
Dans ce contexte, ne pas savoir nager n’est pas seulement un handicap : c’est un facteur de risque majeur. Les gens se jettent à l’eau sans avoir les compétences minimales pour se maintenir à flot, réagir à un courant ou gérer un imprévu. Et ce sont, chaque année, de trop nombreuses familles endeuillées.
L’oubli d’un pilier du service public
L’apprentissage de la natation devrait être une évidence, au même titre que la maîtrise de la lecture ou du calcul. Il est d’ailleurs inscrit dans les programmes scolaires. L’apprentissage de la natation est d’ailleurs devenu obligatoire avant l’école, dès 1879.
Mais dans les faits, les inégalités sont flagrantes : selon les territoires, les enfants bénéficient d’un accès très variable à des créneaux en piscine, à des infrastructures de qualité ou à des encadrants formés.
Cette inégalité territoriale et sociale est profondément injuste. Elle fait de la natation un privilège, alors qu’elle devrait être un droit.
La situation des équipements est, à cet égard, préoccupante. De nombreuses piscines, construites dans les années 1960-1970, arrivent en fin de vie. Les coûts de rénovation sont élevés, et les collectivités, déjà contraintes budgétairement, peinent à investir. Résultat : fermetures temporaires, réduction des horaires, pénurie de créneaux pour les scolaires. Sans compter les coûts liés à l’acheminement des enfants vers la piscine pour les collectivités rurales et les difficultés de recrutement des maîtres-nageurs.
À court terme, ce sont des heures d’apprentissage perdues. À long terme, ce sont des citoyens moins autonomes et plus exposés aux risques.
Réinvestir la piscine comme bien commun
Il est temps de changer de regard sur les piscines publiques. Trop souvent perçues comme des équipements coûteux, elles doivent être reconnues pour ce qu’elles sont réellement : des infrastructures de santé, d’éducation et de cohésion sociale.
La natation est l’une des rares activités physiques accessibles à tous les âges, toutes morphologies et à tous les niveaux. Elle est recommandée pour prévenir de nombreuses pathologies, accompagner la rééducation, favoriser le bien-être mental. Elle constitue aussi un espace de mixité sociale, où se croisent toutes les générations et tous les milieux.
Dans une société marquée par la sédentarité, les tensions sociales et le repli sur soi, la piscine devient un lieu de respiration et de rencontres.
Faire de la natation une priorité politique : 4 mesures d’urgence
Nous avons su, par le passé, faire de grandes causes nationales des priorités partagées. L’apprentissage de la natation mérite aujourd’hui ce statut.
Cela implique plusieurs choix forts :
- lancer un plan national de rénovation et de construction d’équipements aquatiques, en priorisant les territoires les plus fragiles ;
- garantir un apprentissage effectif de la natation pour tous les enfants avant l’entrée au collège ;
- soutenir la formation et le recrutement de maîtres-nageurs ;
- développer des solutions innovantes (bassins mobiles, partenariats locaux, ouverture élargie des équipements).
Mais au-delà des mesures techniques, c’est un sursaut collectif qu’il faut provoquer. Car derrière chaque noyade, il y a une responsabilité partagée : celle de ne pas avoir suffisamment anticipé, investi, formé.
Ne plus détourner le regard
Les faits divers ne doivent plus être des parenthèses émotionnelles. Ils doivent devenir des déclencheurs d’action.
Faire de l’apprentissage de la natation un sujet de débat public, c’est reconnaître que l’accès à l’eau est une question de justice, de sécurité et de dignité. C’est aussi affirmer une ambition : celle d’une société qui protège, qui prépare et qui n’accepte plus que l’on puisse mourir faute d’avoir appris à nager.
Le prochain drame n’est pas une fatalité. Il est, en partie, prévisible. Et donc évitable.
Encore faut-il en faire, enfin, une priorité.